Suppression
de l'AME : une « quadruple erreur » pour les carabins, les
internes et les jeunes médecins
Par Léo
Juanole – Le Quotidien du Médecin
Tandis
que l’explosif projet de loi (PJL) immigration est examiné ce lundi en séance
publique à l’Assemblée nationale, les étudiants en médecine, les internes et
les jeunes praticiens se mobilisent pour défendre l’aide médicale d’État (AME).
Une prise de position dans la lignée de celle de la communauté médicale, qui a
exprimé à de maintes reprises via des tribunes son opposition totale
à l’amendement du Sénat actant la suppression de l’AME, transformée en
aide médicale d’urgence (AMU), réduisant de fait le panier de soins.
En
première ligne dans ce débat, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui
porte ce PJL, a annoncé dimanche sur le média Brut que le gouvernement prépare un « autre texte pour le début de mois
de janvier » sur l’AME avec des modifications restrictives,
notamment sur les proches bénéficiaires de l’aide sans être eux-mêmes inscrits
au dispositif. Il faut « le
juste équilibre entre humanisme et fermeté », a-t-il aussi
déclaré, quelques jours après la remise du rapport Evin-Stefanini sur l’AME,
qui acte son utilité, mais pointe également quelques points d’amélioration.
Un dispositif
indispensable
C’est
dans ce contexte et le jour même de l’examen à l’Assemblée que l'Intersyndicale
nationale des internes (Isni), l’Intersyndicale nationale autonome
représentative des internes de médecine générale (Isnar-IMG), l'Association
nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) et le regroupement
autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (Reagjir) témoignent
de « leur inquiétude
vis-à-vis de ces attaques répétées contre l’AME, dispositif indispensable pour
prendre soin de tous ».
Pour
eux, cette suppression de l’AME – telle que défendue par les Républicains (LR)
– serait une quadruple erreur. Morale, en premier lieu, car « priver des êtres humains de soins
en raison de leur statut administratif est indigne. Il s’agit d’une atteinte
grave aux droits de l’Homme », écrivent-ils.
Une faute déontologique et
économique
Mais
il s'agit aussi d'une faute déontologique, car le code de déontologie stipule
que « le médecin doit
écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les
personnes quels que soient leur origine, leurs mœurs et leur situation de
famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou
une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation
ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard ».
Il
s’agirait également d’une faute sanitaire, car provoquer le renoncement
aux soins de ces personnes faciliterait « la
propagation de maladies infectieuses, aberration à la sortie d’une crise
sanitaire, mais aussi [pourrait]
majorer les complications évitables du fait de l’absence de suivi dans le cadre
de pathologies chroniques ».
Enfin,
selon eux, supprimer l’AME est une faute économique implacable : « Les dépenses engendrées par
des prises en charge tardives et dans l’urgence en milieu hospitalier, faute de
suivi et de prévention assurés en ambulatoire », créeront un
surcoût pour l’Assurance-maladie.