Lorsqu’en
décembre 2022 l’Azerbaïdjan ferme le corridor de Latchine, seul point de
passage entre l’Arménie et le Haut-Karabakh, les dirigeants azerbaïdjanais
organisaient véritablement un siège qui devait conduire à une véritable catastrophe
humanitaire : pénurie de médicaments et de nourriture.
Fin
juillet 2023 l’Arménie a tenté d’envoyer de l’aide humanitaire mais le convoi
est resté bloqué de par la volonté azerbaïdjanaise.
En
quelques mots faisons un rappel
historique sur cette région.
Dans
l’Antiquité le Haut-Karabakh a été intégré au Royaume Arménien. Il est passé
sous influence arabe au Moyen Âge avant qu’une révolte le fasse revenir sous la
responsabilité d’Erevan.
En 1805
l’empire russe intègre le Haut-Karabakh. L’Arménie et l’Azerbaïdjan vont se
confronter lors de la guerre civile qui suit la Révolution bolchevique fin 1917.
Les deux pays proclament leur indépendance en 1918. Les combats reprennent
alors.
C’est
Staline qui va d’une certaine manière trancher ce conflit en rattachant la
région du Haut Karabakh à l’Azerbaïdjan malgré sa population arménienne,
toutefois il lui accorde l’autonomie qui restera son statut inchangé pendant 75
ans.
De
nombreuses guerres se sont déroulées ces dernières années entre autre en 1988
qui a vu une victoire de l’Arménie.
Lors de
la chute de l’URSS l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont proclamé leur indépendance. Dans
la foulée les Arméniens du Haut Karabakh ont fait de même en se proclamant
République autonome et rattaché à l’Arménie.
À la fin
septembre 2020, suite à de nombreux accrochages militaires, l’Azerbaïdjan
relance les hostilités avec l’appui de la Turquie son allié lequel lui fournit
du matériel et particulièrement des drones ainsi que des mercenaires syriens.
Six semaines seront suffisantes à l’armée azerbaïdjanaise pour écraser les
forces arméniennes et pratiquement reconquérir un tiers du Haut-Karabakh. Les
combats auront fait 6500 morts. Un accord de cessez-le-feu survient le10
novembre 2022, sous l’égide de la Russie (laquelle va déployer un contingent de
militaires pour surveiller le respect de cet accord). C’est alors que
l’Azerbaïdjan décide quelques mois plus tard (décembre 2022) de fermer le
corridor de Latchine.
Il faut
savoir qu’existe dans cette région du Sud Caucase un territoire attribué à
l’Azerbaïdjan et enclavé entre l’Arménie
et l’Iran : le Nakhitchevan. Le couloir d’accès est sous contrôle de
l’Arménie.
Lors de
l’accord du cessez-le-feu il était indiqué que toutes les routes bloquées par
les Arméniens et les Azerbaïdjanais devaient être libérées de toute contrainte.
Le 19
septembre dernier l’Azerbaïdjan a donc monté, elle aussi, une opération
spéciale : 24- heures de combats ont suffi à faire plier les séparatistes
écrasés par la puissance de feu des forces adverses et l’absence de réaction de
l’Arménie.
L’accord de cessez-le-feu prévoit le retrait
des forces armées arméniennes, la dissolution et le désarmement complet de
l’armée d’autodéfense du Haut-Karabakh. Des négociations doivent se
tenir sur la garantie des droits et de la sécurité des habitants de l’enclave.
L’Azerbaïdjan, qui a resserré ses liens avec la Turquie, entretient des relations
tendues avec l’Arménie (le génocide
arménien de 1915 est présent dans toutes les mémoires). La Turquie s’est largement
engagée aux côtés de l’Azerbaïdjan lors de cette seconde guerre du Karabakh en
lui fournissant des armes et des mercenaires.
Concernant
ce conflit Andreï SAKHAROV déclarait il y a quelques années :
« Pour l'Azerbaïdjan, la question du Karabakh est une question
d'ambition ; pour les Arméniens du Karabakh, c'est une question de vie ou
de mort »
Hélas ce n’est que trop vrai
puisqu’actuellement les Arméniens fuient vers l’Arménie pour éviter un nettoyage
ethnique.
Une
situation géopolitique compliquée :
Bakou achète également des armes à Israël, ce
qui inquiète l’Iran voisin, lequel soupçonne l’État hébreu d’utiliser
l’Azerbaïdjan comme poste d’observation.
Ce commerce pourrait paraître contradictoire,
mais Israël n’est pas à une contradiction près.